Le pied est vulnérable en cas de diabète car il est sujet aux plaies et aux infections.

 

1. Comment éviter les blessures ?

a) En portant de bonnes chaussures

smile Les chaussures idéales sont :

- Avec une semelle dure mais un dessus souple.

- En intérieur cuir.

- De pointure mais surtout de largeur suffisantes.

Astuce : dessinez la silhouette de votre pied sur une feuille de papier, découpez cette silhouette et enfoncez-la dans la chaussure correspondante. Si le papier ressort chiffonné, c'est que la chaussure est trop petite !

- Sans couture blessante.

- Avec des chaussettes sans couture, en matière naturelle (en vente en grande surface ou dans les magasins de sport).

Vous pouvez acheter des chaussures orthopédiques CHUP (de marque Mayzaud, Adour, Neut, Jasouple...) en pharmacie. Elles peuvent être partiellement remboursées, à raison d'une paire par an, si la prescription est initiée par des médecins spécialistes en diabétologie, médecine interne ou médecine physique et réadaptation.

 

frown Par contre des chaussures inadaptées peuvent agresser le pied par frottement répété. Ce qu'il faut éviter :

- Des chaussures trop étroites ou trop grandes, trop neuves ou trop usées.

Astuce : Achetez vos chaussures l'après-midi puisque vos pieds gonflent en fin de journée. Au début, ne mettez que quelques heures vos nouvelles chaussures, le temps qu'elles "se fassent".

- Des chaussures qui présentent des aspérités à cause de coutures, de fissurations ou de décollement du cuir.

- Des chaussures avec des corps étrangers dedans (petit caillou, éclat de verre...).

Astuce : Il faut toujours vérifier que vos chaussures n'ont rien à l'intérieur avant de les mettre.

- Des semelles trop usées.

- Des chaussettes en matière synthétique présentant une couture épaisse au niveau des orteils. Evitez les chaussettes trop serrées si vous avez une artériopathie ou artérite des jambes (car ça "coupe" la circulation).

 

b) En ayant une bonne hygiène des pieds

- Lavez-vous les pieds tous les jours et séchez-les soigneusement, notamment entre les orteils, pour éviter les mycoses.

- Ne prenez pas de bains de pieds prolongés.

- Même si vous avez froid aux pieds, ne mettez pas vos pieds sur le radiateur et n'utilisez pas de bouillotte.

- Evitez les sparadraps sur les pieds qui peuvent être difficiles à retirer.

- Ne marchez pas pieds nus ni avec des chaussures trouées (des cailloux pourraient rentrer dans la chaussure sans que vous ne le remarquiez).

 

c) En faisant attention aux soins de pédicurie

- Evitez de couper vos ongles vous-même. Sinon, préférez un limage délicat en faisant une coupe carrée de l'ongle.

- N'arrachez pas un bout d’ongle, une peau morte, un cor, une zone de corne.

- Evitez l'application de "coricides" (produits anti-durillons) et préférez un ponçage doux.

La pédicurie "faite maison" est souvent faite avec un peu trop de zèle donc source de blessures.

 

d) En allant voir le pédicure-podologue

Les soins de pédicurie peuvent être effectués par un pédicure-podologue au cabinet ou à domicile. Ce professionnel de santé peut effectuer : d'une part des soins de pédicurie c'est-à-dire des soins de la peau et des ongles (ongles incarnés, corne, mal perforant plantaire, infection), d'autre part des soins de podologie comme la réalisation de semelles orthopédiques ou d’orthèses (pour répartir les appuis plantaires en cas de déformation et décharger les maux perforants plantaires).

Une séance chez un pédicure conventionné coûte 27 €. L’Assurance Maladie rembourse certains soins réalisés par les pédicures-podologues conventionnés :

- jusqu'à 4 séances par an en cas de pied diabétique de grade 2 (neuropathie sensitive associée à une artériopathie des membres inférieurs et/ou à une déformation du pied)

- jusqu'à 6 séances par an en cas de pied diabétique de grade 3 (antécédents d'ulcération du pied et/ou amputation de membres inférieurs)

Si vous n'êtes pas éligible au remboursement de l'Assurance Maladie, sachez que certaines mutuelles peuvent rembourser ces soins de pédicurie (renseignez-vous auprès de votre mutuelle).

 

2. Quand suis-je à risque ?

- En cas de diabète ancien (plus de 10 ans) ou compliqué

- En cas d'antécédent de plaie au niveau des pieds (risque de récidive)

- En cas de déformations du pied (orteils en griffe, hallux valgus...)

- En cas de neuropathie diabétique.

Vous ressentez moins la douleur car vos nerfs sont abîmés. Comme vous ne vous rendez pas compte des blessures, la plaie va pouvoir s'aggraver sournoisement.

Testez-vous ! Vous avez les yeux fermés et un proche effleure chaque orteil avec son doigt. Vous ne sentez rien ou vous vous trompez souvent ? Vous avez probablement une neuropathie. Outre la perte de sensibilité, les autres symptômes peuvent être : sensation de pieds froids, fourmillements, douleurs dans les jambes surtout la nuit comme une brûlure ou piqûre, gêne au contact des draps.

- En cas d'artériopathie ou artérite des jambes : les artères sont abîmés donc le sang arrive moins facilement aux pieds. La cicatrisation va être difficile. Pour rappel, le tabac est toxique pour les artères.

Testez-vous ! Vos pieds ont perdu leurs poils et lorsque vous levez les jambes puis pédalez, ils deviennent plus blancs ? Vous avez probablement une artérite. Les autres symptômes peuvent être : douleurs des mollets à la marche puis en position allongée à un stade ultérieur, ongles épaissis en l'absence de mycose.

 

3. J'ai un mal perforant, comment me soigner ?

1. La décharge : La règle numéro 1 pour guérir, C'EST DE NE PAS APPUYER sur la zone abîmée du pied.

Pour vous permettre de marcher au quotidien, il existe des chaussures de décharge (chaussures CHUT) partiellement remboursées sur prescription médicale :

- Chaussure de Barouk (courte ou longue, souple mais parfois instable), chaussure de Darco Donjoy (plus rigide), chaussure Mayzaud, chaussure orthop USA, chaussure AVP Monarque (légère, souple mais chère), chaussure WPS Podartis (trop confortable), chaussure Ortho-Wedge, chaussure Teradiab +/- semelle MODUS (en fin de cicatrisation) : pour ne pas appuyer l'avant du pied.

- Chaussures Sanital ou Teraheel, pour ne pas appuyer le talon.

- Chaussures Stabil-D +/- semelle MODUS, pour ne pas appuyer le milieu du pied, l'avant du pied ou les orteils.

- Botte Aircast, botte Omni Waker ou botte Nextop Donjoy : pour ne pas appuyer le milieu du pied ou le pied de manière plus globale.

 

En cas de plaie sur le dessus du pied, il suffit de prendre de vieilles charentaises et d'ouvrir un grand trou en regard de la plaie. Ainsi la plaie ne frottera plus sur le tissu et elle pourra guérir.

 

Quel que soit le dispositif utilisé, la décharge doit réellement assurer une pression zéro au niveau de la plaie pour espérer une guérison. Ainsi, la décharge doit être faite en permanence même pour de très courts déplacements (aller aux toilettes).

 

2. Les pansements

L'infirmière effectuera des soins locaux classiquement toutes les 24 à 48 heures selon l'évolution de la plaie. Elle pourra effectuer une détersion de la plaie qui consiste à enlever la partie morte de la plaie (la fibrine).

 

3. La revascularisationn

Les plaies à participation artérielle peuvent nécessiter un avis spécialisé, souvent auprès d'un chirurgien vasculaire, en vu d'une éventuelle revascularisation par geste endovasculaire.

 

4. L'antibiothérapie

Les plaies infectées nécessitent une antibiothérapie, généralement pendant plusieurs semaines. En cas d'ostéite (infection de l'os), une hospitalisation peut être nécessaire afin de réaliser une biopsie osseuse.

 

5. L'amputation

L'amputation reste rare. L’absence de cicatrisation n’est pas une indication d’amputation. Par contre, une amputation peut être réalisée pour des motifs vasculaires ou infectieux afin de préserver d'autres parties du corps.

 

4. En combien de temps vais-je guérir ?

Normalement en moins de 7 semaines.

Si la guérison est difficile, c'est souvent parce que la décharge n'est pas respectée. IL NE FAUT PAS APPUYER sur la zone abîmée du pied.

 

Sinon, le médecin peut effectuer un bilan à la recherche :

- d'un problème métabolique : dosage de l'HbA1c à la recherche d'un déséquilibre du diabète, NFS et bilan nutritionnel à la recherche d'une carence. La supplémentation en vitamine C (1 g/j), zinc (RUBOZINC, EFFIZINC), polyvitamines (BEROCCA) ou compléments alimentaires (FRESUBIN, DELICAL, ou CETORNAN) peut être proposée si nécessaire.

- d'une infection : radiographie du pied à la recherche d'une ostéite (pouvant être répétée à 3 semaines en cas de doute).

- d'un problème artériel : écho-doppler des membres inférieurs à la recherche d'un rétrécissement vasculaire. L'arrêt du tabac est essentiel pour préserver les vaisseaux.

 

5. Dans quel cas suis-je hospitalisée ?

- En cas d'ostéite ou de plaie très profonde

- En cas de dermohypodermite ou gangrène

- En cas d'aggravation rapide de la plaie

- En cas d'impossibilité de faire le traitement à la maison

L'hospitalisation se fait en centre spécialisé plutôt que par l'intermédiaire des urgences.

 

6. Et un pied de Charcot, c'est quoi ?

C'est une neuro-arthropathie (une inflammation des articulations du pied) qui peut apparaître chez tout diabétique.

Concrètement, le diabétique se réveille un matin et a très mal au pied. Ce pied est gonflé et chaud mais il n'est pas forcément rouge.

Il ne faut pas confondre avec une entorse (torsion traumatique du pied), un érysipèle (infection due à de petites plaies du pied ou de la jambe) ou une goutte (pied inflammatoire à cause du dépôt d'acide urique dans l'articulation).

La radiographie du pied ne permet pas de faire le diagnostic.

Le seul traitement efficace est la DECHARGE par botte de marche longue CROW (Aircast, Donjoy) pendant 3 mois associée à une anticoagulation préventive. Si la décharge n'est pas respectée, le pied s'auto-détruit et se déforme définitivement.

 

Source : Journée Régionale de Médecine - Lille 2015.